AccueilRessources › Droit constitutionnel

Les institutions de la Ve République

La Ve République a été conçue pour un président arbitre et s'est transformée en régime présidentialiste. Comprendre cet écart entre le texte et la pratique est la clé de la matière.

Droit constitutionnel · Rédigé par Aimé Cauver, Corpus · Mis à jour en août 2026

La Constitution du 4 octobre 1958 a été rédigée pour remédier à l'instabilité de la IVe République. Ses instruments : un exécutif renforcé, un Parlement encadré, et un juge constitutionnel initialement conçu comme gardien de cet encadrement.

Le Président de la République

L'article 5 lui confie un rôle d'arbitre : il veille au respect de la Constitution et assure le fonctionnement régulier des pouvoirs publics. Ses pouvoirs se répartissent en deux catégories.

L'élément décisif

L'élection au suffrage universel direct, instaurée en 1962, a transformé la fonction. Un président élu directement ne peut plus être un simple arbitre : il tire du suffrage une légitimité supérieure à celle du Premier ministre.

Le Gouvernement

Article 20 : il détermine et conduit la politique de la nation. Il est responsable devant le Parlement. Le Premier ministre dirige son action et dispose du pouvoir réglementaire de droit commun, article 21.

La réalité constitutionnelle dépend de la configuration politique. En période de concordance des majorités, le Premier ministre applique la politique présidentielle ; en cohabitation, il retrouve les compétences que le texte lui attribue.

Le Parlement

Bicaméral : Assemblée nationale élue au suffrage direct, Sénat au suffrage indirect. En cas de désaccord persistant, l'Assemblée a le dernier mot, article 45.

Le parlementarisme rationalisé encadre son action : domaine de la loi limité, maîtrise gouvernementale d'une partie de l'ordre du jour, vote bloqué de l'article 44-3, et surtout l'article 49 alinéa 3, qui permet l'adoption d'un texte sans vote sauf motion de censure.

Le Conseil constitutionnel

Neuf membres nommés pour neuf ans, plus les anciens présidents de la République. Sa fonction a profondément évolué : conçu comme régulateur des pouvoirs publics, il est devenu, à partir de la décision de 1971, le garant des droits fondamentaux.

La révision de 2008 a introduit la question prioritaire de constitutionnalité, qui ouvre le contrôle a posteriori et a considérablement accru son activité.

L'effet du quinquennat

La réduction du mandat présidentiel en 2000 et l'inversion du calendrier électoral en 2002 ont aligné les majorités présidentielle et parlementaire. La cohabitation est devenue improbable, ce qui a renforcé la lecture présidentialiste du texte.

Questions fréquentes

L'article 16 a-t-il déjà été utilisé ?

Une seule fois, par le général de Gaulle en 1961, lors du putsch d'Alger. Il a été encadré en 2008 par un contrôle du Conseil constitutionnel après trente jours.

Le 49-3 peut-il être utilisé sans limite ?

Non. Depuis 2008, il est limité aux projets de loi de finances et de financement de la sécurité sociale, plus un autre texte par session.

Aller plus loin

Reprendre les institutions

Une matière où les dates et les révisions constitutionnelles s'accumulent vite. Un tuteur vous aide à en construire la chronologie utile.

À lire ensuite
La séparation des pouvoirs : de la théorie à la pratiqueLa séparation des pouvoirs est le sujet de dissertation le plus fréquent du premier semestre. Le piège est de … La question prioritaire de constitutionnalité : mode d'emploiLa QPC a fait entrer la Constitution dans le procès ordinaire. C'est la réforme constitutionnelle la plus conc… La hiérarchie des normes : le schéma, expliquéLa pyramide de Kelsen s'apprend en dix minutes. Ce qui prend un semestre, c'est de comprendre ce qui se passe …